Identifier les plantes avec l’IA : PlantNet vs alternatives

Aaron Rogers

April 4, 2026

Identifier les plantes avec l’IA : PlantNet vs alternatives


Tu trouves une plante bizarre en promenade. Tu sors ton téléphone, tu tires la photo, et une app te dit immédiatement : “Pissenlit” ou “Ricin toxique”. Magique. Mais comment cette reconnaissance fonctionne vraiment ? Et combien elle se trompe ?

Les modèles d’apprentissage derrière la reconnaissance botanique

Les apps utilisent des réseaux de neurones convolutifs : CNN en jargon. Ces réseaux apprennent à reconnaître des motifs visuels (veinures, formes de feuilles, contours de fleurs) à partir de millions de photos d’entraînement.

PlantNet (développé par INRAE en France et Université de Genève) a été entraîné sur environ 13 millions de photos, annotées par une communauté de botanistes amateurs et professionnels. Elle fonctionne en apprentissage continu : chaque photo que tu fournis améliore le modèle.

PictureThis (app commerciale chinoise) utilise un dataset propriétaire, moins transparent. Probablement plus gros, mais personne ne sait vraiment. Elle affiche un taux de précision de 99 %, ce qui est publicité trompeuse.

Google Lens (intégré à Photos et Recherche Google) entraîne sur des milliards de photos internet. Performance brute impressionnante, mais elle confond plantes cultivées et mauvaises herbes.

PlantNet : l’open source qui marche

PlantNet reste gratuit, sans compte, sans pub. Comment c’est financé ? Fonds publics français et suisses. Elle propose la même version mobile et web.

Elle identifie surtout les plantes d’Europe tempérée très bien. Moins impressionnante pour les tropiques ou exotiques. Son avantage : elle te montre les observations proches géographiquement. Quelqu’un a photographié cette même plante à 2 km d’ici ? Probabilité augmente.

L’interface propose un classement par confiance. Elle refuse de deviner si trop incertaine. Honnête.

PictureThis : la version premium

PictureThis propose une version gratuite limitée (3 identifications par jour) et un abonnement Premium (5 € / mois environ). Vraiment meilleure ? Oui, légèrement.

Elle couvre davantage l’hémisphère sud et tropiques. Elle intègre des guides de soins de plantes (arrosage, lumière), utile si tu as une plante d’intérieur.

Concernant la précision : si PlantNet se trompe sur 5-10 % (mesuré sur des études), PictureThis descend à 3-5 %. La différence existe mais n’est pas foudroyante.

Revers : elle demande un compte. Elle partage peu ses données de training. Propriétaire, fermée.

Google Lens et ses forces/faiblesses

Tu prends une photo. Google Lens la cherche dans son index web. Si la plante est populaire (rose, orchidée, lierre), résultat quasi instantané et souvent juste.

Faiblesse : elle ne différencie pas toujours les espèces proches. Elle confond malva et mauve. Elle suppose que tu possèdes la plante et cherche “comment cultiver”, pas “l’identifier scientifiquement”.

Bonus : Lens retient l’historique de tes recherches si tu as un compte Google. Pratique pour trouver cette fleur que tu as photographiée en mai.

Seek (app gratuite d’iNaturalist)

Seek est l’app gratuite du projet iNaturalist (science participative massive). Elle identifie plantes, animaux, insectes, champignons en temps réel.

La base de données d’iNaturalist contient 200+ millions d’observations. La précision pour les plantes est honnête. Pour les insectes ou oiseaux, excellente.

Design ludique, gamifié. Elle pousse à contribuer : partage tes observations. Chaque photo renforce la science citoyenne.

Gratuit, open source friendly (données ouvertes), pas de compte obligatoire.

Cas d’utilisation pratique : réalité vs attentes

Tu cueilles une fleur en randonnée. Angle mauvais, contre-jour. L’app te dit “Rosa” avec 40 % de confiance. Insuffisant pour vraiment savoir.

Même fleur photographiée de face, lumière naturelle, fond neutre. Confiance 92 %. Elle te dit “Rosa rugosa, rosier froncé” + variété exacte.

Une photo de feuille seule : très dur. Une feuille ressemble à 200 autres. Ajoute la fleur (meilleur), puis le fruit/baie (excellent), la tige (utile) : confiance monte.

Cas de toxicité : tu veux savoir si cette baie est comestible. Une seule photo de baie rouge ? Danger. C’est pourquoi les pros demandent photos multiples avant de dire “Ricin (très toxique)” ou “Aubépine (comestible)”.

Les pièges d’une reconnaissance à 95%

PictureThis affiche “95 % de confiance”. Mais cela signifie quoi statistiquement ? Que sur 100 plantes similaires à celle-ci, le modèle s’est trompé 5 fois avant.

Cela n’isole pas les cas limites : deux espèces très proches, du même genre. Une à 95 %, l’autre à 94 %. Lequel croiser vraiment ?

Les photos de mauvaise qualité (floues, trop sombres, angle perdu) faussent la confiance affichée. L’app ignore qu’elle “devine” plutôt qu’elle n’identifie.

Recommandation : méfie-toi d’une identification si confiance < 70 %. Sous 90 % pour une plante toxique potentielle.

Entraînement continu et biais des données

PlantNet s’améliore grâce à ses utilisateurs. Mais elle souffre d’un biais : plus d’observations en France/Europe qu’ailleurs. Flore nord-africaine : beaucoup de plantes ressemblent visuellement à celles d’Europe mais sont différentes. PlantNet peut confondre.

Google Lens a l’avantage inverse : données globales brutes. Désavantage : entraîné sur photos web, qui surreprésentent les plantes ornementales. Mauvaises herbes en friche ? Moins reconnues.

PictureThis revendique une base équilibrée. Pas d’audit tiers, donc impossible à vérifier.

Utilité réelle d’une bonne identification

Jardinier amateur : tu veux savoir si cette plante au pied du mur est intéressante ou envahissante. PlantNet te dit “Lierre terrestre” + “invasif probable, contrôle recommandé”.

Parent curieux : montrer les plantes à un enfant, lui faire apprendre les noms. Google Lens ou Seek, gratuit, efficace.

Mycologue / botaniste sérieux : n’utilise jamais une app seule. Tu recoupes avec une flore papier (Meyer, Bonnier en France), des experts, un herbier. Une app c’est un premier tri, pas un jugement.

Recommandation finale : lequel choisir

Gratuit total : PlantNet. Meilleure pour la flore française, honnête, contributif. Pas de compte.

Meilleure précision : PictureThis Premium si tu as un budget. Couvre mieux les tropiques. Plus de guides pratiques.

Approche scientifique : iNaturalist/Seek. Contribuer à la science en identifiant. Base de données colossale. Gratuit.

Polyvalence (plantes + autres) : Google Lens. Rapide, intégré. Parfois imprécis sur variétés botaniques.

Conseil écologique : combine deux apps. PlantNet + Google Lens, ou Seek + PictureThis. Leur désaccord signale une ambiguïté. Cherche un botaniste local pour casser le doute.